Aedes

On peut dire que l'humeur des Réunionnais ces derniers temps n'est pas vraiment folichonne. Un climat morose plane sur l'île : plus de 160 000 cas, secteur touristique en nette déperdition, fermeture temporaire de certains grands hôtels, entreprises handicapées par l'absence de leurs employés, disparition éclair des produits répulsifs ou huiles essentielles dans les rayons des magasins/supermarchés à chaque réapprovisionnement... La Réunion n'a jamais aussi bien porté son statut de Région Ultrapériphérique, le phénomène d'enclavement est encore plus perceptible avec la crise du Chikungunya.

Il a fallu attendre une dizaine de mois pour voir la réaction en trombe du gouvernement français crachant à notre figure leurs 76 millions d'euros d'aide aux entreprises et professionnels de la santé. On a payé et on continuera de payer le prix de l'inaction gouvernementale. Un semblant de déjà-vu ? Effectivement. Il suffit de retourner en 2003 et de remplacer les personnes âgées victimes de la canicule par des Réunionnais victimes du moustique ravageur Aesdes. J'exagère peut-être parce que ce ne sont pas tout à fait les mêmes circonstances mais le résultat est là. Espérons juste que les promesses du premier ministre M. de Villepin et du ministre de la santé M. Baroin seront tenues et que ces fonds seront utilisés à bon escient. 300 000 doses anti-moustiques vont être acheminées très prochainement et seront distribuées gratuitement aux personnes les personnes les plus vulnérables (personnes âgées, enfants, femmes enceintes...). On attend également du personnel médical supplémentaire en provenance de la métropole afin de pallier l'encombrement des hôpitaux.

En parallèle, les brigades en combinaison blanche poursuivent tant bien que mal la démoustication massive de l'île mais je me demande si ces opérations sont efficaces étant donné la recrudescence de l'épidémie. Il ne faut pas oublier que nous sommes encore en été et que les pluies sont fréquentes. Par conséquent, tous les gites larvaires détruits par les produits chimiques se reconstituent ailleurs à chaque nouvelle averse. La seule solution restante pour endiguer la crise sanitaire est de miser sur la recherche et encore, dans ce domaine, les contradictions règnent. D'un côté, l'armée américaine (oui j'ai bien dit l'armée américaine) a déjà développé un vaccin mais l'a arrêté en 2003. D'un autre côté, les spécialistes de la santé nous affirment que dans le meilleur des cas, un vaccin sera mis sur le marché pas avant cinq ans. Comme dans chaque période de crise, les rumeurs les plus folles germent dans l'esprit des gens (X-Files le retour ?). La vérité nous est-elle occultée volontairement afin d'éviter un vent de panique général ? Difficile à dire, les bruits de couloir sont nombreux, de quoi ne plus savoir où donner de la tête.

En bref, tout ça, c'est un peu le capharnaüm et on aimerait bien entrevoir le bout du tunnel. Merci ! (Quelqu'un pourrait allumer la lumière s'il vous plaît ?)

Mise à jour du 03//03/06 : La WWF réagit ardemment à la démoustication dans l'île afin de protéger la faune locale contre les l'utilisation exacerbée des produits toxiques. Lire l'article.
Ah oui autre chose, le premier ministre s'est fait piquer lors de son passage dans l'île, affaire à suivre.